Stay, you imperfect speakers, tell me more…

Bonjour,

extrait

De Blanche ou l’oubli de Louis Aragon, 1967 :

Il paraît que nous sommes des milliers et des milliers dont les moindres inflexions sont ainsi surprises, épiées, inscrites. Quelque part, on ne sait où, dans ces placards, ces couloirs sans yeux, ces coudes d`ombres entre nous et les autres. Partout dans le monde. D`étranges voyeurs aveugles, avec toute la finesse d`ouïe de la cécité. Tout ce que je dis se grave, s`aggrave, s`agrafe, se greffe… Des rubans, des fils, des cheveux, des buissons de mots saignants, de mots ébouriffés, de mots qui pantèlent. Tout cela se brouille, s`embrouille, s`embranche, s`imbrique, s`ébrèche et se brise, s`ébroue et se frise dans le magnétophone aphone, où les phrases s`effritent. Que ce soit pour la science ou la police, à chaque minute du jour ou de la nuit, s`accumule une telle quantité de confidences, d`aveux, d`imprudences, de vœux, qu`il ne suffirait pas de la vie de tous ceux qui respirent à cette minute pour la déchiffrer seulement, cette minute, ce que les appareils abandonnés à  eux-mêmes par l`univers enregistrent d`elle. L`univers humain accumule ainsi dans ses valises sans nombre les témoignages illimités, inconscients, d`une époque, et rien ne permet de croire qu`un temps vienne où l`on arrivera par je ne sais quelles inventions à lire plus vite qu`on ne parle. Nous n`avons pas encore, si nombreux que nous nous y mettions, pu épeler tous les papiers, les pierres gravées, les messages les livres que les siècles nous ont laissés. Mais voici que de plus en plus, sur des grimoires nouveaux, s`accumulent les signes d`une vie incompréhensible peut-être à  jamais. Nous allons étouffer, l`humanité tout entière, dans cette immense poubelle des secrets… dans le croisement de ces lumières noires, de ces témoignages pathétiques, irrécusables, confondants. On va tellement en savoir de tout et de tous qu`il sera tout à fait impossible de s`y  reconnaitre. Et les appareils atteindront à des rapidités par quoi toute lumière apparaisse balbutiée, bégayée, obscure. La science va s`emparer de ce qui n` a jamais été jusqu`ici sa matière. Et l`impensable mettra son pied dominateur sur la pensée.

Stay, you imperfect speakers, tell me more…

J`ai fait sans le savoir, d`un doigt distrait, au cadran, de gauche à droite, un numéro de sept chiffres, n`importe quoi, me semble-t-il. J`entends, dans l`écouteur pose, la sonnerie, et le relève. Une voix au loin… Allô ?… une voix que je ramasse et porte à mon oreille:

«Allô, allô… ne quittez pas… c`est vous, Marie-Noire?

-Allô, qui parle? Vous voulez parler à qui? … »

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Heureux de retrouver l ‘I ndonésie

Dans trois mois  :India, le chemin du retour.

stage Gazibul, france fevrier2012
julien, l ilot du Menee

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